Dans le pendule de Foucault, à propos du traitement de texte et plus généralement de l'informatique :
"Du seul fait de savoir que, si je veux, je pourrais me souvenir, j'oublie aussitôt".
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Dans le pendule de Foucault, à propos du traitement de texte et plus généralement de l'informatique :
"Du seul fait de savoir que, si je veux, je pourrais me souvenir, j'oublie aussitôt".
Editeur : L'année 1918 touche à sa fin. En Russie, plus que partout ailleurs, elle a été terrible. Des milliers de
personnes se sont réfugiées à Kiev la magnifique où fronde la guerre civile, et où les bolcheviks - grâce aux autorités allemandes - n'ont pas encore droit de cité.
Chez les Tourbine, l'histoire et le temps sont abolis. On essaie de vivre comme avant. Mais on est prêt à se battre pour défendre la
ville... Aussi, le 14 décembre, lorsque les troupes ukrainiennes déferlent sur Kiev, tous les hommes de la famille rejoignent leurs unités.
Mais comment lutter contre une armée formée dans l'ombre et dirigée par un être invisible, objet de mille rumeurs confuses, parodie
d'Antéchrist ?
Mon avis : Boulgakov étant mon auteur préféré j'était plutôt enjoué à l'idée de m'attaquer à la garde blanche. Après lecture je dois dire que je ne peux pas formuler d'opinion tranchée sur ce roman. A certains égards (le ryhtme, l'intrigue) j'ai été légèrement déçu tandis que sur d'autres points (le style, les personnages, la poésie et l'ambiance du roman) on frôlait la perfection. Impossible donc de dégager un avis général.
La garde blanche contient des passages absolument parfaits : dont l'incipit reproduit ci-dessous ; ou encore, la scène hallucinante de course-poursuite entre des soldats pétliouristes et Alexis Tourbine ( pages 223 à 227 en Pocket) mais, globalement, le rythme de ce roman est plutôt lent.
Personnellement, j'adore. Cela permet à Boulgakov de déployer tous ses talents de conteur et de poète, mais cette absence d'empressement peut être de nature à en rebuter certains. Rappelons-nous toutefois que ce ne serait pas rendre justice à un roman écrit en 1925 que de le juger avec des critères contemporains.
Et cette lenteur est même nécessaire. Boulgakov mêle subtilement la grande Histoire ( Kiev prise dans la neige ainsi que dans une d'attente puis dans drôle de guerre) et la petite : celle des Tourbine,qui doivent survivre à ces temps terribles.
A la différence de Coeur de Chien ( mon texte favori de Boulgakov) qui brille surtout par son humour, ses personnages caricaturaux et son action, La Garde Blanche est un roman sachant parfaitement transcrire une ambiance de doute et de peur : mortifère et anxiogène d'une part mais poétique et belle par aillleurs.
Ci-dessous un extrait, qui sera sans aucun doute beaucoup plus parlant que toutes mes critiques élogieuses!
Extrait : les deux premières pages du roman : Grande et terrible fut cette année-là, mille neuf cent dix-huitième depuis la naissance du Christ, et seconde depuis le début de la Révolution. L'été regorgea de soleil, l'hiver fut enseveli sous la neige, et dans le ciel, à une hauteur insolite, étaient suspendues deux étoiles : l'étoile du berger- la Vénus vespérale - et la lueur rouge et vacillante de Mars.
Mais dans les années de paix comme dans les années de sang, les jours passent comme des flèches, et les jeunes Tourbine ne virent pas arriver, dans le gel rigoureux qui durcissait la terre, le blanc et chenu décembre. Ô notre père Noël, étincelant de neige et de bonheur ! Maman, radieuse reine, où es-tu?
Un an après que la fille, Hélène, eut épousé le capitaine Serge Ivanovitch Thalberg, et la semaine même où le fils aîné, Alexis Ivanovitch Tourbine, après de dures années de service, de campagnes et de misères, rentrait en Ukraine et retrouvait la Ville et le foyer familial, un cercueil blanc emportant le corps de la mère descendait la pente abrupte de la rue Saint-Alexis vers le Podol, jusqu'à la petite église du Bon-Saint Nicolas, qui est la rue de la Côte.
L'office des morts fut dit au mois de mai : le feuillage des cerisiers et des acacias masquait comme un épais rideau les fenêtres ogivales. Bredouillant de chagrin et de confusion, le père Alexandre étincelait de mille feux à la lumière dorée des cierges, tandis que le diacre, violet de figure et de cou et bardé d'or jusqu'à la pointe grinçante de ses bottes, marmonnait d'un air lugubre l'adieu liturgique à la mère qui quittait ses enfants.
Alexis, Hélène, Thalberg, ainsi qu'Aniouta, élevée chez les Tourbine, et Nikolka, abasourdi par la mort et dont la mèche rebelle pendait sur son sourcil droit, se tenaient debout aux pieds de la vieille icône brunie de l'évêque saint Nicolas. Les yeux bleus de Nikoloka, plantés aux bords d'un long nez d'oiseau, avaient un regard perdu, sans vie. De temps à autre, il les levait de l'iconostase, vers la voûte noyée d'ombre qui surplombait l'autel, où se dressait un vieillard morose et énigmatique qui semblait cligner de l'oeil - Dieu. Pourquoi ce malheur qui nous frappe? Pourquoi cette injustice? Quel besoin avait-il de nous enlever notre mère quand nous allions tous être réunis, quand tout commencait à aller mieux?
Mais Dieu s'envolait sans répondre dans le ciel noir et fissuré. Quant à Nikolka, il ne savait pas encore que tout ce qui arrive, est dans l'ordre des choses, et que tout est pour le mieux.
L'office achevé, on sortit sur les dalles sonores du parvis. Et, à travers l'énorme cité, on conduisit la mère jusqu'au cimetière où, depuis bien longtemps déjà, le père reposait sous une croix de marbre noir. Et la mère fut ensevelie. Hé oui...
Quatrième de couverture : " Vendredi soir, j'étais invité à une soirée chez un collègue de travail. On était une bonne trentaine, rien que des cadres moyens âgés de vingt-cinq à quarante ans. A un moment donné, il y a une connasse qui a commencé à se déshabiller. Elle a ôté son T-shirt, puis son soutien-gorge, puis sa jupe, tout ça en faisant des mines incroyables. Elle a encore tournoyé en petite culotte pendant quelques secondes, et puis elle a commencé à se resaper ne voyant plus quoi faire d'autre. D'ailleurs c'est une fille qui ne couche avec personne. Ce qui souligne bien l'absurdité de son comportement. " Ainsi débute l'odyssée désenchantée d'un informaticien entre deux âges, peu convaincu de l'intérêt de son métier, jouant toutefois son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s'échangent autour des machines à café. L'installation d'un progiciel en province lui permettra d'étendre le champ de ses observations, d'anéantir les dernières illusions d'un collègue - obsédé malchanceux - et d'élaborer une théorie complète du libéralisme, qu'il soit économique ou sexuel.
Mon avis : Si le protagoniste d'extension du domaine de la lutte devait prendre forme, sans doute irait-il se terrer dans ce tableau : Nighthawks d'Edward Hopper, prenant la place de l'homme seul, accoudé au bar. Mais à la différence de cet homme de dos, dans le tableau, qui ne nous dit rien de bien précis sur son existence, le protagoniste du roman de Houellebecq décide de communiquer et d'entraîner le lecteur dans les méandres de sa misérable existence. Vaguement glauque, totalement pathétique et parfois véritablement cru et obscène ce premier roman est d'abord une plongée au coeur des affres du "mal du siècle". La dépression qui ronge le protagoniste est engendrée par une solitude absolue et résignée, dans ces villes qui sont pourtant faites pour faciliter les rencontres.
Même si on n'adhère pas pleinement aux thèses de Houellebecq, il faut avouer qu'il sait appuyer là où ça fait mal. De ces femmes qui débatent d'ouvrages sur le développement de l'enfant en alignant des platitudes sur le fait de porter la jupe en entreprise, à ce patron, presque ému aux larmes d'apprendre qu'un homme se soit fait voler sa voiture. De l'obsession sexuelle d'un collègue, aux misérables jeux de pouvoirs au sein de l'entreprise. Du ridicule de la société de consommation à la nécessité de se trouver une marotte, un hobby pour donner un sens à sa vie.
La lecture de ce roman est certes étouffante mais également réjouissante. Les personnages bourrés de connerie le peuplant sont les justes reflets d'une époque où, l'ubuesque et le pathétique sont si présents, qu'on ne les décèle presque plus.
Présentation de l'éditeur : " D'abord, il y avait les porcs, avec leur peau rose et râpée, qui déambulaient dans la
chaleur par petits groupes, en quête d'une ombre rafraîchissante.
Ensuite, il y avait la lumière déclinante de cette fin d'après-midi d'été qui magnifiait la campagne d'une dorure éphémère. Enfin, il y
avait cette grande femme allongée à même le soi et qui soufflait, suait, grognait, les yeux révulsés, la bouche entrouverte. Sur ses jambes écartées, elle avait troussé sa robe, découvrant ses
cuisses épaisses et blanches. Ainsi naquit Elfried, le 10 août 1761 à Saint-Florent des Bois, en Vendée." La Pie relate les pérégrinations d'un jeune homme surdoué de la France et des
Etats-Unis de la fin du XVIIIe siècle.
A la poursuite d'un étrange musicien à la viole enjôleuse, Elfried dit "La Pie" traversera l'Atlantique pour combattre aux côtés des
insurgés, puis s'enrôlera dans l'armée de la République pour défendre Nantes contre les Vendéens. Un premier roman extravagant et enjoué, qui vous entraînera jusqu'à un dénouement surprenant en
forme d'allégorie.
Mon avis :
Cette histoire d'un jeune homme doté de facultés auditives hors du commun est envoûtante.
Envoûtante en premier lieu grâce à une intrigue pleine d'imagination et ponctuée de rebondissements inattendus.
En outre, et c'est ce qui m'a marqué le plus, le style de l'auteur est en lui-même enchanteur : ouvragé il restitue avec une acuité incroyable les sensations de la Pie, le lecteur se "sent" véritablement au coeur de l'action ; poétique il sait également captiver le lecteur sans que ce dernier s'en rende véritablement compte. Ainsi, si l'on rentre généralement dans un roman policier ou un thriller pris par le suspense, dans un état d'attente fébrile ; on se laisse envoûter par la Pie de manière quasi imperceptible, bercé par la sonorité des mots, laissant notre imagination divaguer doucement à la suite d'Elfried et de ses compagnons de voyage.
Enfin, il faut avouer qu'effectivement, le dénouement du roman est "surprenant" et extrêmement réussi!
Présentation de l'éditeur: L'idée d'imaginer Marcel Proust pratiquant avec adresse et
ferveur un art martial ne s'impose pas d'emblée à l'esprit. Claquemuré dans une pièce cloisonnée de plaques de liège, engoncé dans sa robe de chambre et prisonnier de son asthme qui va lui faire
garder sa chambre pendant des années, l'écrivain incarne plus l'idéal romantique de l'artiste qui sacrifie tout à son uvre, que l'athlète soucieux de sa forme physique et de ses performances.
Pourtant, c'est en lisant ce petit roman plein d'humour et en découvrant l'histoire de Paul et d'Elodie qu'on va comprendre que ce qui semble impossible et inimaginable ne l'est pas vraiment, et
qu'il existe des domaines où les arts les plus opposés peuvent, par une curieuse alchimie, se rencontrer et donner naissance à quelque chose de précieux et de rare. C'est donc avec plaisir et
étonnement qu'on découvrira cette histoire d'amour improbable entre une passionnée de littérature, inconditionnelle de Marcel Proust, et un jeune pratiquant d'arts martiaux ne s'intéressant qu'à
Bruce Lee et aux films de Kung-Fu...
Mon avis : A lire de toute urgence. Si je devais ne donner que deux qualificatifs pour décrire ce roman je dirais "décalé" et "désopilant". Décalé car l'idée d'unir deux prosélytes aux religions si différentes ( Proust et Bruce Lee) n'est pas banale. Désopilant car les situations, souvent ubuesques, que cette union engendre sont imprévisibles, cocaces et toujours très drôles. Petit par la taille (96 pages), ce roman ne l'est pas par le plaisir de lecture qu'il engendre. Il se lit d'une traite. Je le recommande à tout le monde : aux passionnés de littérature, de Marcel Proust, d'humour ou même de kung-fu (pourquoi pas?) : chacun y trouvera son compte! Personnellement j'ai adoré.
Extrait : « Lorsqu ils s'étaient rencontrés, dix ans plus tôt, rien ne présageait qu'ils allaient tomber follement amoureux l'un de l'autre. Apparemment, tout les séparait. Elle avait la grâce, l'intelligence, la culture, le raffinement. Lui, c'était plutôt la force, la volonté, le culte de l'effort viril. Elle aimait l'art pictural, et lui l'art martial. Elle était passionnée par la culture, et lui par le culturisme. Elle voulait s'essayer à la sculpture et lui voulait sculpter son corps pour ressembler aux héros des bandes dessinées japonaises. Elle lisait Proust, Stendhal, Flaubert et Maupassant. Lui feuilletait les mangas, connaissait par c ur le Bushidô et ne lisait que des romans de cape et d'épée japonais. L'histoire d'un samouraï invincible, La pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa, était son roman préféré. »
| Février 2012 | ||||||||||
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